Journal d'une trentenaire ordinaire

Quelques pauvres mots pour dire la vie obscure et lumineuse dans les replis d'un coeur.

29 septembre 2009

Les Terres Pauvres

Les choses imprimées à notre insu dans nos inconscients se taisent et se cachent avant de se dérouler comme elles y étaient écrites. L'enfance et ses béances me rattrapent. L' histoire du désir initial impulsé par les parents a manqué de s'imprimer dans les fibrilles de mon coeur et à laissé à la place un trou noir, réceptacle de toutes les angoisses d'inexistence et d'insignifiance. Etre voulu, appelé, désiré, être mis au monde dans cet appel qui donne coeur, corps, chair et sang à l'être. Mis au monde, appelé à la vie, à tenir droit sur ses jambes, façonné du désir premier de cet Autre, qui vous fait advenir, petit être de désir, désiré et désirant la vie...
Quand l'intention première a vacillé, qu'elle a été abandonnée, quand elle est une flamme déjà éteinte, alors, alors l'existence ne prend pas son essor dans l'étoffe du désir, mais dans cette béance. Dans un silence, dans une absence, un regard détourné au passage sur quelqu'un d'autre, un vide. Et lentement, année après année, cette existence a tissé ses racines dans ce terreau pauvre sans connaître le goût d'autre chose. Son univers est celui du manque et de l'absence, de l'insignifiance, de la préférence laissée à d'autres, elle reste à jamais dans le monde telle une ombre au pays des vivants.
L'angoisse qui happe dans sa gueule béante tout désir de vie au détour d'un chemin. N'importe quel détour, n'importe quel chemin. Et qui le tient dans ses serres pour l'ensanglanter un peu plus encore, lorsque, au détour de quelques mots malheureux de l'être qui vous aime et vous ramène à la vie, elle se fige et  enfonce ses griffes dans la chair jusqu'à décérébrer sa proie, elle lui vrille la mémoire, s'obstine à chaque mouvement davantage jusqu'à ce que les chairs ne soient plus que traumatisme que chaque coup de serre vient achever un peu plus.
Je meurs doucement.
Quelle est l'issue?

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20 septembre 2009

La tourmente me fait chavirer, et tanguer comme une barque ivre emportée au milieu d'une houle endiablée; pourtant le piton secret qui me relie au fond de l'océan m'attache à la rectitude. La réalité est ma seule réalité, et les pelisses aux reflets irisés des discours habiles, brillants et policés en leur cohérence interne, des idées rattachées à des identités, d'autant plus difficiles à déloger qu'elles sont brillantes et raffinées et qui cautionnent les vies et les édifices, ces pelisses elles ne me vont jamais.
Je suis toujours nue dans le miroir.

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16 septembre 2009

La conscience qui plonge et part dans le brun des mondes, Dieu seul sait où, et ramène en une lointaine surface enfin le noyau de lumière translucide dont nous sommes tous assoiffés.

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13 septembre 2009

Mon tendre amour,

Je sens parfois que mon coeur est comme une fleur qui respire, s'ouvre et se referme un peu jusqu'à la prochaine coulée de soleil. Il y a des moments, beaucoup ces temps derniers, où il est comme balloté au gré des vents et saturé d'émotions. J'ai été surprise de moi même, triste aussi de me voir trébucher aussi souvent lorsqu'il s'agissait de nous, triste des longues explications que nous devions avoir pour comprendre et tenter de panser nos plaies, sans toujours y parvenir. Triste de voir les complexités s'installer, ma petite humanité me sauter par surprise à la figure et venir comme trahir la promesse de ce tendre amour que j'ai toujours eu pour toi.

Mon amour, elle est là, cette petite furie en mal d'amour et en souffrance, ce golem primitif qui me fait tomber dans mes trous et nous fait vivre la grisaille. Elle te met à l'épreuve, elle demande sa part.

Mais surtout, il ne faut pas que tu la confondes avec moi, avec mon être profond qui t'aime tellement. Comment crois tu que des émotions temporelles, liées à notre contexte, à notre psychologie, soient liées à cet amour et l'altèrent?

Je viens de te le dire mais je voudrais te le graver:

Je t'aime depuis mille ans,
Je t'aime depuis la nuit des temps et je t'ai retrouvé
Je suis abîmée, j'ai le coeur calciné par les abandons de ceux que j'ai aimés
Mais je t'ai retrouvé
Toi la dernière flamme qui brûle encore, et le dernier espoir,
Ton abandon sonnerait le glas du dernier espoir et de la dernière flamme en ce monde
Et ne laisserait à jamais que désert et désolation, où que mon coeur se tourne
Me laissant telle une âme errante à la recherche de son amour perdu
Encore une fois
Et chaque fois plus abîmée par cet amour perdu
Une fois encore
Comment veux tu alors que je t'abandonne, moi qui n'ai que toi, que cette flamme tant attendue sans plus jamais l'espérer?

Je n'ai pas le choix mon coeur que de t'attendre, dans un coin tout petit de moi, peut-être pour être bien certaine de pouvoir oser y croire, sans vivre encore une fois un abandon. Peut être toutes les furies et les golems aux pieds d'argile, viendront tour à tour te mettre à l'épreuve et demander leur compte, enfouis dans je ne sais quel cachot.

Parce que c'est si profond cette histoire d'abandon. J'ai pleuré tant d'années là dessus, sans raison, comme une blessure qui n'en finit plus de s'écouler sans fin. J'ai été guérie du désespoir de vivre, mais maintenant, reste encore à pouvoir croire qu'il est possible sur cette terre, qu'il puisse y avoir de l'amour pour moi.

Moi, j'ai un besoin de toi qui n'est pas affectif, ni psychologique. C'est un besoin d'âme, un besoin éperdu qui se protège.
C'est vivre avec toi et ton amour, ou c'est mourir pour le reste des temps.

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27 juillet 2009

Inconnu

Lorsque tu parles à ma nature aveugle et sourde, lorsque tu parles depuis ta foi à ma masse inconsciente, et lorsqu'alors je te regarde comme ça au fond de tes yeux verts où des mondes vivent, lorsque tu forces les portes de ma surdité, alors j'entrevois ces mondes qui s'ouvrent au bout du chemin que tu as parcouru, et j'ai vu des mers polaires par en dessous, avec l'étendue immense des glaciers comme des montagnes cristallines immergées et invisibles pour le monde connu. Tu me promets de sortir de mon petit bassin et de m'emmener explorer ces immensités là.
Mes portes s'entrebaillent pour laisser passer ces possibles comme un rai de lumière, qui filtre vers ma propre profondeur. J'ai laissé ce rayon s'immiscer en moi, il s'est répandu toute la nuit sur mes espaces. C'est si fragile encore. Une brise pourrait venir les balayer, parce que ce que tu promets, ce que tu montres, ce sont des terres vierges et inconnues que nul encore n'a jamais foulées.

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17 juillet 2009

Jusqu'à la toute fin - Pour que tu n'oublies pas...

Si Dieu veut que nous vivions ensemble les temps à venir, ce serait avec tellement de gratitude de te retrouver après tant d'années passées loin de toi, dans cet amour inespéré, entêté au fil des années, pudique et secret. Peut-être que c'est cela, que j'ai à te donner, dépouillée de toute image, de toute séduction, de toute construction. Mon seul coeur nu qui te tend la main, et qui te voit vraiment.
Peut-être qu'elles ont servi à cela, ces années éloignées, chacun dans sa vie, chacun dans sa souffrance. Nous préparer l'un et l'autre à ce moment. A veiller sur toi quand tes forces faibliront, toi qui n'as plus rien d'autre que la douce lumière de ton être. Veiller sur toi, comme sur la plus précieuse des flammes. Jusqu'à la toute fin.

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14 avril 2009

La belle histoire (7)

Il me proposa un inespéré sentier, fait dans l'étoffe de mes rêves. Il m'y fit une place à son côté, faite de mots ciselés et magiques, de coeur d'une absolue tendresse et de peaux entremêlées. J'y marche aujourd'hui, timide encore, comme une funambule, attentive à recevoir les perles qu'il dépose en moi. A faire place nette, pour lui réserver le plus doux des coins et qu'il s'y repose enfin. Faire en nous ce coin doux comme lieu d'amour est une décision et une attention constante, et peut-être la plus haute des responsabilités qui nous soit donnée.

Lorsque les étoiles desecndent sur la terre, c'est l'univers entier qui s'en trouve bouleversé.

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29 mars 2009

La belle histoire (6)

Il a su, et la réponse ne s'est guère faite attendre. La nuit qui a suivi le jour où il reçut ma lettre j'ai reçu un sms dans lequel il me demandait de l'appeler ou de lui laisser mon adresse mail. La première solution restait inenvisageable: Ma lettre et la distance me protégeaient encore un peu, et je ne m'attendais pas à une démarche aussi directe de sa part, je n'attendais rien de précis, ou espérais vaguement une réponse polie, émue peut-être, dans laquelle il m'aurait à son tour confirmé qu'il m'appréciait également... mais en aucun cas je n'attendais une confrontation aussi directe avec la réalité de ma lettre.
Nous échangeâmes ainsi quelques mails, où le ton qu'il employait était extrêmement tendre et affecteux. Je n'en revenais pas. Il me suggéra de "passer du temps ensemble". Je vivais encore avec mon mari, j'avais trouvé un beau petit appartement et le déménagement était prévu pour la fin du mois, j'avais pris 15 jours de congés pour tout mettre en place. Je programmai alors 3 jours dans le Sud Ouest, ne sachant pas du tout à quoi m'attendre. Passer du temps avec lui, alors que je l'avais tant rêvé et espéré dans le finfond de mon coeur, alors que cela m'avait été refusé pendant 20 ans, alors que ça me semblait tellement inaccessible, je ne voyais pas ce que cela voulait dire. Parler philosophie, comme nous le faisions par le passé, sûrrement, et puis, peut-être, faire connaissance davantage, nous rencontrer dans nos dimensions personnelles et humaines. Peut-être allions nous devenir de vrais amis, je souhaitais cela de tout mon coeur. Le découvrir mieux, mieux appréhender ce qui me bouleversait tant dans son regard. Mieux comprendre pourquoi, outre le fait qu'il venait d'un village à quelques kilomètres de celui d'où j'ai mes racines, dans le Var au Thoronet, il m'avait toujours semblé si familier dans mon coeur malgré cette distance et tout ce mystère. Peut-être la réponse serait-elle dans nos histoires respectives.
Je pris le train avec un trouble terrible. Nous n'avions échangé que des sms et des mails depuis notre entrevue à Milan. Au plus je m'approchais du sud Ouest, au plus mon esprit se brouillait, au plus c'était blanc et vierge, je ne voyais rien de ce que nous allions vivre. J'étais ouverte sur tous les possibles, mais n'en voyais aucun.
Le train s'arrêta, il m'attendait devant la gare, et m'accueillit avec tendresse. Je pris l'air le plus naturel et dégagé qu'il me fut possible, je montais dans sa vieille voiture, fermant les yeux l'espace de quelques instants, je m'intimai l'ordre de laisser ouvertes toutes les possibilités et de me laisser emmener là où il voudrait bien me conduire.

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27 mars 2009

La belle histoire (5)

Et puis lors de ces rassemblements, chacun est centré sur la relation intérieure qu'il entretient avec notre guide, davantage que sur ses relations interpersonnelles. Nous échangeons un peu, puis le flot des choses vient naturellement dissoudre cette conversation, une troisième personne qui se greffe, les enfants qui m'appellent, et puis nous nous séparons, pensant peut-être nous revoir encore avant notre départ. Et le séminaire se termine, comme chaque fois dans une allégresse de ce que nous avons reçu, mêlée de la douce tristesse de devoir quitter cet être qui nous donne tant, dans une certaine effervescence de son départ. Encore une fois j'écarquille les yeux dans la foule, encore une fois je le cherche en vain. Il est parti... Le départ est un arrachement. Le voyage de Milan à Nice est mélancolique, et pourtant mon coeur est plein, plein de cet amour ineffable que j'ai reçu, gorgé dans chacune de ses cellules de lumière dorée. Si j'ai le sentiment d'emmener ce que m'a donné mon maître avec moi, cette Présence éternelle qui se révèle et se manifeste dans toute sa gloire lorsque je suis auprès de lui, en revanche, j'ai quitté JM une fois de plus. Je me sens séparée de lui et mon coeur, une fois encore, pleure, il est comme déchiré jusque dans ses tissus. Durant tout le voyage, je rumine cette intensité. Quelque chose en moi ne cesse de l'interroger: à quoi correspond-elle, pourquoi est-elle tellement coriace, et pourquoi depuis tellement de temps? Cela fait 20 ans maintenant qu'elle est la même, et ne m'a jamais lâchée, en dehors de tout espoir, et même, de toute pensée où quoi que ce soit fût possible. Sans doute ai-je pensé longtemps qu'elle avait certaines caractéristiques de la jeunesse, de la fougue et des emballements dûs à mes hormones. C'est vrai que dans la forme, tout cela est moins violent, moins bouillonnant, mais ce qu'il y a au fond est intact. Je me rends à l'évidence et ose m'en affirmer la certitude: non, ce ne sont pas des projections, ce ne sont pas des emballements soumis à l'inconstance, avec le temps je me suis affinée, je suis moins livrée à des aveuglements, et lui, je le vois toujours avec tellement de netteté droit devant moi, dans la droite ligne de mon aspiration la plus haute. S'il y a de l'amour sur terre, si l'amour existe en dehors de nos complexités psychologiques, de notre besoin d'être aimé, des petits deals inconscients que nous faisons avec les autres, de l'image qu'il nous renvoie, du besoin de sécurité, si l'amour existe en dehors de cela, un amour pur ressemble peut-être à cela. Maintenant je sais, je suis sûre d'être honnête à l'affirmer, et je sais qu'il n'occulte pas d'autres ressorts psychologiques. Je sais que je n'ai pas d'explication rationnelle à ce lien, je ne sais rien de sa réciprocité car je n'ai eu que des repères qui se sont contredits, mais c'est, je le sais maintenant, du pur amour. J'ai mis tout ce temps à en être sûre, et à interroger la nature de ce qui se passait en moi, et maintenant, tout ce temps sans espoir où ce sentiment s'est maintenu comme un joyau intact, me le confirme, et dès lors qu'il veut bien se tourner vers moi pour m'adresser quelques mots, il me semble que c'est comme une évidence: l'amour c'est cela, c'est ce bonheur sans nom d'être seulement à côté de toi et de goûter à ta présence, parce que c'est toi, juste parce que c'est toi, et malgré toute la retenue de cela.

La seule pensée que j'ai alors durant ce voyage de retour, est que cet amour est perdu. Il est perdu parce qu'il est secret, et que le secret a été tellement bien gardé. Il y a bien eu quelques fuites, liées à ma timidité, à ma maladresse, à mon trouble, mais qu'en a t-il vraiment perçu? Je ne crois pas une minute qu'il puisse être partagé réellement, mais je me dis qu'au moins, il faut qu'enfin cela soit su. Pour que tout cela n'ai pas été, en vain. Qu'il sache les traces qu'il a laissées, indélébiles, dans le recoin d'un coeur. Je n'ai aucune adresse, mais le trouve, au fin fond du sud ouest, dans un bourg perdu (merci Google Earth). Vraiment perdu et retiré au fond d'une solitude... Je rédige un petit mot, sobre, mais clair, de ma plus belle plume, que je glisse sans états d'âme, sans rien attendre, dans la fente d'une boite aux lettres. Il faut seulement qu'il sache. Quelque chose comme:

Je viens là te dire ce qui s'exprime en moi de manière constante et régulière depuis bientôt 20 sans jamais avoir vacillé. Chaque fois après t'avoir vu, même si peu, même de si loin, et que je dois repartir, remonte en moi une détresse de devoir te quitter de nouveau, comme un arrachement, malgré nos vies, qui ont toujours été lointaines et étrangères. Je voulais te dire que les mots que tu disais pour moi lorsque tu découpais les réalités invisibles, m'ont marquée au fer rouge et n'ont cessé de m'accompagner au fil de toutes ces années. Ils m'ont tenue à la pointe de moi même et je ne les ai jamais oubliés. J'ai pour toi un amour profond qui n'a cessé de se confirmer au fil de toutes ces années, malgré la distance.
J'espère que tu as encore de belles années devant toi, et moi aussi. Je ne voulais pas ne jamais te l'avoir dit.
Prends soin de toi, et de Raphaël

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La belle histoire (4)

En ces années de sécheresse où mon coeur brûlait et où il semblait ne plus me voir, cycliquement, j'écrivais de longues lettres, dans lesquelles je m'adressais à lui, mais que bien entendu je n'envoyais jamais... J'en republie ici deux d'entre elles, qui ne m'apportaient que cet encre un peu sanguinolant et sans espoir couché sur le papier, dans le secret des secrets.

Qu’avez-vous donc fait pour m’avoir ainsi bouleversée jusqu’aux larmes, et ce, après plusieurs années ? J’ai été trop rapidement heureuse de penser que j’étais guérie de ce feu qui bouillonne.
J’ai fait un rêve la nuit dernière où il n’y a pas de mots pour décrire la joie sans limites que nous avions à être ensemble. Ensemble. Rien qu’un mot qui résume tout ce que j’aurais voulu, et qui n’a pas été. Comment guérir et ne rien regretter ?
Ce sont toujours des rivières de larmes dans le cœur après vous avoir quitté, pour moi qui n’aspire maintenant qu’au calme intérieur et à la limpidité de l’eau d’un lac.  J’aurais voulu séjourner près de vous. J’aurais voulu vous écouter encore, les yeux émerveillés. Et j’aurais vécu à vos côtés, concentrée, sérieuse et tendue vers le but. Nous aurions connu la même vie et la même joie, simplement. Je me révolte par moments à l’idée de penser que rien ne s’est passé comme cela.
Mais, la gorge serrée, je tente de comprendre. Comprendre comment je me suis mariée. Comprendre pourquoi, alors que déjà je vous aimais, cela a pu se faire...
Je me dis que peut-être le funambule n’aurait pas vu qu’il changeait de direction. Que, peu à peu, il se serait laissé prendre par une seconde passion. Je vous aurais peut-être aimé, vous, de toute mon âme…oubliant l’essentiel, et ç’aurait encore été une vie ratée.
Celle-ci sera la dernière, mais il ne faut pas se tromper d’amour.

***

Vous m’avez regardée, de vos yeux verts, puis souri. Puis parlé. Pourtant l’automne de mes espérances est venue en ce mois de mai, et votre sécheresse d’un instant a tout effondré. Une fois de plus, il m’a été révélé une seule issue possible. Une sortie par la Grande Porte pour dire adieu à ces douces servitudes.

Mais le voyage continue et bientôt je n’écrirai plus, pour ce langage ci en tous cas ; peut-être pourrais-je écrire à nouveau comme d’un esprit lisse et entier dont rien n’entravera la joie.  Les abysses de souffrance sont refermées à jamais au fond de l’océan. Le soleil inonde l’onde de sa lumière dans l’aube bleue des petits matins.  Vos yeux clairs seront heureux, même sans femme, même sans amie blonde. La grande lumière continue d’étirer vos lèvres vers le sourire du cœur. Allez, allez encore, vous que je comprends si peu, vous qui êtes déjà si grand. Montez, montez et montrez nous la voie, et souriez encore.

J’ai tant aimé vous voir sourire. J’ai tant aimé le pli de vos yeux, j’ai tant aimé votre voix…

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